{"id":1481,"date":"2018-12-09T21:20:43","date_gmt":"2018-12-09T19:20:43","guid":{"rendered":"http:\/\/theexotic.ch\/?p=1481"},"modified":"2018-12-09T21:21:38","modified_gmt":"2018-12-09T19:21:38","slug":"new-article-claire-brizon-writes-about-francois-louis-aime-dumoulin-on-journal18","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/theexotic.ch\/?p=1481","title":{"rendered":"New article! Claire Brizon about Fran\u00e7ois Louis Aim\u00e9 Dumoulin on Journal18."},"content":{"rendered":"<p>Claire Brizon, \u201cFran\u00e7ois Aim\u00e9 Louis Dumoulin, ou les images d\u2019un Suisse aux Cara\u00efbes,\u201d\u00a0<em>Journal18\u00a0<\/em>(December 2018)<a href=\"http:\/\/www.journal18.org\/nq\/francois-aime-louis-dumoulin-ou-les-images-dun-suisse-aux-caraibes-par-claire-brizon\/\">. See online.<\/a><\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tude des collections du 18<sup>e<\/sup> si\u00e8cle aujourd\u2019hui conserv\u00e9es dans les r\u00e9serves des mus\u00e9es et des archives suisses montrent que de nombreuses images ont \u00e9t\u00e9 produites en Am\u00e9rique du nord et du Sud, en Chine, en Inde, ou aux Cara\u00efbes, dans des contextes \u00e0 la fois militaires, diplomatiques et commerciaux. Je prendrai ici un exemple m\u00e9connu et largement in\u00e9dit. Cet exemple fait partie d\u2019un <a href=\"http:\/\/www.theexotic.ch\/\">projet de recherche en cours<\/a> \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Berne sur l\u2019histoire de l\u2019art en Suisse au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res consid\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle globale. J\u2019entends ici rappeler que la production de certains documents visuels est, d\u00e8s le 18<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, associ\u00e9e \u00e0 des projets d\u2019exploration et de colonisation, m\u00eame dans des territoires qui n\u2019avaient pas d\u2019Empire, comme c\u2019est le cas de la Suisse<a href=\"#_edn1\" name=\"_ednref1\">[1]<\/a>. Leur \u00e9tude permet d\u2019\u00e9clairer des territoires peu d\u00e9frich\u00e9s par les historiens d\u2019art.<\/p>\n<p>Le peintre Fran\u00e7ois Aim\u00e9 Louis Dumoulin est n\u00e9 et mort \u00e0 Vevey (1753-1834). \u00c0 l\u2019\u00e2ge de 20 ans, il part vivre aux Cara\u00efbes et y r\u00e9side pendant dix ans, entre 1773 et 1783<a href=\"#_edn2\" name=\"_ednref2\">[2]<\/a>. La majeure partie de sa production visuelle est aujourd\u2019hui conserv\u00e9e au Mus\u00e9e historique de Vevey (MHV), et peut \u00eatre r\u00e9partie en quatre grandes cat\u00e9gories\u00a0: aquarelles, gravures, peintures \u00e0 l\u2019huile et croquis. Une infime part est \u00e9galement entre les mains de collectionneurs priv\u00e9s et l\u2019une des derni\u00e8res ventes ne date que de quelques mois<a href=\"#_edn3\" name=\"_ednref3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p>Non-canoniques, ces images, produites par Dumoulin dans un contexte de voyage, n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9es. N\u00e9anmoins, Dumoulin est un peintre voyageur et un observateur qui travaille selon les conventions descriptives mises en place par les naturalistes, et dont le langage visuel rejoint les int\u00e9r\u00eats de ses contemporains. De plus, ces images permettent d&#8217;\u00e9crire tout un pan de l\u2019histoire internationale suisse dont la jeunesse, qui traverse les oc\u00e9ans, est actrice. D\u2019abord, j\u2019inscrirai l\u2019\u0153uvre de Dumoulin dans une histoire globale du 18<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Puis, je pr\u00e9senterai Dumoulin comme un t\u00e9moin de la vie quotidienne aux Cara\u00efbes, dont la production visuelle est une cat\u00e9gorie d\u2019images qui restent \u00e0 \u00e9tudier.<\/p>\n<div id=\"attachment_3317\" style=\"width: 610px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.journal18.org\/wp-content\/uploads\/fig.1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3317\" class=\" wp-image-3317\" src=\"http:\/\/www.journal18.org\/wp-content\/uploads\/fig.1.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"435\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3317\" class=\"wp-caption-text\">Fig. 1.\u00a0Fran\u00e7ois A. L. Dumoulin, <em>Combat naval pr\u00e8s de la Guadeloupe<\/em>, 1793. Gouache, 77 x 111 cm, MHV \u00a9 MHV.<\/p><\/div>\n<p>Dumoulin se d\u00e9finit lui-m\u00eame comme un voyageur, \u00e0 l\u2019image de Robinson Cruso\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0D\u00e8s mon enfance, ce livre et les figures qui y \u00e9taient attach\u00e9es, fix\u00e8rent singuli\u00e8rement mon attention\u00a0; je leur dois le go\u00fbt de la lecture, du dessin et de l\u2019\u00e9tude de la nature, et Robinson Cruso\u00e9 d\u00e9veloppa chez moi le d\u00e9sir de voyager.\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn4\" name=\"_ednref4\">[4]<\/a> Lorsque Dumoulin quitte la Suisse pour les Cara\u00efbes, il ne s\u2019engage pas dans une arm\u00e9e ou un corps diplomatique \u00e9tranger comme un certain nombre de ces contemporains, mais part pour son propre compte<a href=\"#_edn5\" name=\"_ednref5\">[5]<\/a>. Il est successivement\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0commis, dessinateur de vues et de plans, secr\u00e9taire du gouverneur de l\u2019Isle de la Grenade, ensuite [\u2026] dans le commerce.\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn6\" name=\"_ednref6\">[6]<\/a> Cependant, il est enr\u00f4l\u00e9 malgr\u00e9 lui dans l\u2019arm\u00e9e anglaise de Macartney, le gouverneur de la Grenade, d\u00e8s 1778<a href=\"#_edn7\" name=\"_ednref7\">[7]<\/a>. Cet \u00e9pisode, qui le marque physiquement puisqu\u2019il est bless\u00e9, influence \u00e9galement sa production visuelle<a href=\"#_edn8\" name=\"_ednref8\">[8]<\/a>. En effet, dans de nombreux dessins et de nombreuses toiles, Dumoulin d\u00e9peint de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale la navigation militaire, mais \u00e9galement des \u00e9pisodes particuliers de la guerre d\u2019Ind\u00e9pendance des \u00c9tats-Unis (1775-1783) ou encore des batailles franco-anglaises, notamment lors de la prise de la Grenade en 1779. Le tableau, d\u00e9peignant le <em>Combat naval livr\u00e9 le 12 avril 1782 entre la flotte anglaise command\u00e9e par le Lord Rodney et l\u2019Escadre fran\u00e7aise sous les ordres du Comte de Grasse<\/em>, est un parfait exemple de cette production (<strong>Fig. 1<\/strong>).<\/p>\n<p>Pendant son s\u00e9jour aux Antilles, Dumoulin remplit plusieurs carnets de croquis de navires militaires. Malheureusement une partie de ses affaires lui est subtilis\u00e9e lors de la prise de la Grenade<a href=\"#_edn9\" name=\"_ednref9\">[9]<\/a>. Cependant, il garde en m\u00e9moire l\u2019ensemble des croquis qu\u2019il a r\u00e9alis\u00e9s et les reproduit \u00e0 son retour<a href=\"#_edn10\" name=\"_ednref10\">[10]<\/a>. Par exemple, dans l\u2019aquarelle <em>Combats et jeux des N\u00e8gres<\/em> (<strong>Fig. 4<\/strong>), en arri\u00e8re-plan, Dumoulin peint des navires de guerre europ\u00e9ens. Ces derniers sont aussi une r\u00e9f\u00e9rence au colonialisme europ\u00e9en et au commerce triangulaire.<\/p>\n<div id=\"attachment_3318\" style=\"width: 429px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.journal18.org\/wp-content\/uploads\/fig.2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3318\" class=\" wp-image-3318\" src=\"http:\/\/www.journal18.org\/wp-content\/uploads\/fig.2.jpg\" alt=\"\" width=\"419\" height=\"600\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3318\" class=\"wp-caption-text\">Fig. 2.\u00a0Fran\u00e7ois A. L. Dumoulin, <em>Commerce des Esclaves \u00e0 la Cote d\u2019Afrique pour les Plantations des Europ\u00e9ens aux Indes Occidentales<\/em>, 1834. Gravure, 25 x 17 cm, MHV \u00a9 MHV.<\/p><\/div>\n<p>Dumoulin d\u00e9nonce d\u2019ailleurs le commerce des esclaves dans les planches n\u00b04 et n\u00b05 (<strong>Figs. 2 et 3<\/strong>) de la collection des cent-cinquante gravures de Robinson Cruso\u00e9<a href=\"#_edn11\" name=\"_ednref11\">[11]<\/a>. La premi\u00e8re, intitul\u00e9e\u00a0<em>Commerce des Esclaves \u00e0 la Cote d\u2019Afrique pour les Plantations des Europ\u00e9ens aux Indes Occidentales<\/em>, pr\u00e9sente un colon debout montrant du doigt \u00e0 un autre homme blanc, qui se tient \u00e0 sa gauche, un groupe d\u2019esclaves compos\u00e9 de quatre adultes et d\u2019un enfant, debout devant lui. Au premier plan, dans l\u2019angle en bas \u00e0 gauche, un europ\u00e9en tient entre ses mains des carr\u00e9s de textile qui pourraient \u00eatre des indiennes de traite servant alors de monnaie d\u2019\u00e9change. La seconde estampe, intitul\u00e9e\u00a0<em>Vue du pont d\u2019un Vaisseau faisant le Commerce des N\u00e8gres pour servir \u00e0 connoitre la mani\u00e8re de transporter les Esclaves de la cote d\u2019Afrique dans les colonies Europ\u00e9ennes des Indes Occidentales<\/em>, pr\u00e9sente la vie des esclaves \u00e0 bord d\u2019un vaisseau, entass\u00e9s, c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te sur le pont.<\/p>\n<div id=\"attachment_3319\" style=\"width: 432px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.journal18.org\/wp-content\/uploads\/fig.3.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3319\" class=\" wp-image-3319\" src=\"http:\/\/www.journal18.org\/wp-content\/uploads\/fig.3.jpg\" alt=\"\" width=\"422\" height=\"600\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3319\" class=\"wp-caption-text\">Fig. 3.\u00a0Fran\u00e7ois A. L. Dumoulin, <em>Vue du pont d\u2019un Vaisseau faisant le Commerce des N\u00e8gres pour servir \u00e0 connoitre la mani\u00e8re de transporter les Esclaves de la cote d\u2019Afrique dans les colonies Europ\u00e9ennes des Indes Occidentales,<\/em> 1834. Gravure, 25 x 17 cm, MHV \u00a9 MHV.<\/p><\/div>\n<p>Dumoulin est sans doute au fait des d\u00e9bats abolitionnistes. La Suisse compte quelques auteurs engag\u00e9s, tel que Benjamin Sigismond-Frossard (1754-1830). Ce pasteur, originaire de Nyon, \u00e9crit deux ouvrages sur la traite n\u00e9gri\u00e8re dans le dernier quart du 18<sup>e<\/sup> si\u00e8cle : <em>La Cause des esclaves n\u00e8gres et des habitants de la Guin\u00e9e, port\u00e9e au tribunal de la justice, de la religion, de la politique, ou, Histoire de la traite &amp; de l&#8217;esclavage des n\u00e8gres<\/em> (1789), et <em>Observations sur l&#8217;abolition de la traite des n\u00e8gres<\/em> (1793). De plus, de nombreuses images circulent faisant \u00e9tat des conditions de vie des esclaves \u00e0 bord des bateaux.<\/p>\n<div id=\"attachment_3322\" style=\"width: 610px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.journal18.org\/wp-content\/uploads\/fig.4-1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3322\" class=\"wp-image-3322\" src=\"http:\/\/www.journal18.org\/wp-content\/uploads\/fig.4-1.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"470\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3322\" class=\"wp-caption-text\">Fig. 4. Fran\u00e7ois A. L. Dumoulin, <em>Calinda, danse des N\u00e8gres en Am\u00e9rique<\/em>, 1788. Aquarelle, 25.5 x 35.5 cm, MHV \u00a9 MHV.<\/p><\/div>\n<p>Dumoulin d\u00e9peint de grands \u00e9v\u00e8nements du 18<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, notamment g\u00e9opolitiques, comme les conflits entre les empires et la traite n\u00e9gri\u00e8re, desquels il est proche par son parcours de vie. Deux des aquarelles, r\u00e9alis\u00e9es entre 1783 et 1788 alors qu\u2019il est de retour en Suisse, montrent l\u2019int\u00e9r\u00eat particulier de Dumoulin pour les Cara\u00efbes. Dans la premi\u00e8re aquarelle, intitul\u00e9e\u00a0<em>Calinda, danse des N\u00e8gres en Am\u00e9rique <\/em>(<strong>Fig. 4<\/strong>), il repr\u00e9sente cette danse traditionnelle, aussi d\u00e9crite dans l\u2019Encyclop\u00e9die de Diderot et d\u2019Alembert<a href=\"#_edn12\" name=\"_ednref12\">[12]<\/a> selon les observations du p\u00e8re Labat (1663-1738) qui retranscrit ses notes de voyage dans plusieurs volumes intitul\u00e9s <em>Nouveau voyage aux isles de l\u2019Am\u00e9rique<\/em>. Dans cette aquarelle, les danseurs, un homme d\u2019origine africaine et une mul\u00e2tresse ou une m\u00e9tisse<a href=\"#_edn13\" name=\"_ednref13\">[13]<\/a> v\u00eatue de blanc et portant une coiffe, sont en partie centrale. Autour d\u2019eux, un groupe compos\u00e9 d\u2019hommes et de femmes africains dansent et frappent des mains\u00a0; l\u2019un d\u2019entre eux joue des percussions. Sur la droite sont repr\u00e9sent\u00e9es trois personnes, l\u2019une adoss\u00e9e \u00e0 l\u2019encadrement de la porte d\u2019une sorte de maison traditionnelle, l\u2019autre fumant et donnant la main \u00e0 un enfant, puis une troisi\u00e8me tenant une \u00e9cuelle. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9, un groupe compos\u00e9 de deux cavaliers europ\u00e9ens semble regarder avec int\u00e9r\u00eat la sc\u00e8ne. Enfin, en arri\u00e8re-plan, est repr\u00e9sent\u00e9e une grande b\u00e2tisse, probablement l\u2019un des b\u00e2timents d\u2019une plantation, entre les mains des europ\u00e9ens.<\/p>\n<div id=\"attachment_3323\" style=\"width: 610px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.journal18.org\/wp-content\/uploads\/fig.5.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3323\" class=\"wp-image-3323\" src=\"http:\/\/www.journal18.org\/wp-content\/uploads\/fig.5.jpg\" alt=\"\" width=\"600\" height=\"440\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3323\" class=\"wp-caption-text\">Fig. 5. Fran\u00e7ois A. L. Dumoulin, <em>Combats et jeux des N\u00e8gres<\/em>, 1788. Aquarelle, 25.5 x 35.5 cm, MHV \u00a9 MHV.<\/p><\/div>\n<p>Dans la seconde aquarelle, intitul\u00e9e <em>Combats et jeux des N\u00e8gres<\/em> (<strong>Fig. 5<\/strong>), Dumoulin repr\u00e9sente le stick-licking, un art martial aux origines africaines. Au premier plan un homme africain, le torse nu, est assis sur un tronc d\u2019arbre avec une tortue \u00e0 ses pieds. Au centre, deux autres hommes africains s\u2019affrontent avec des b\u00e2tons. \u00c0 gauche, un groupe est compos\u00e9 d\u2019hommes europ\u00e9ens, l\u2019un d\u2019eux au centre du groupe danse avec une femme \u00e9galement europ\u00e9enne. Puis, \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de ce groupe, des hommes sont sur une petite embarcation. \u00c0 droite, un second groupe est compos\u00e9 de femmes en tenues locales, et d\u2019autres aux seins nus, tr\u00e8s probablement des esclaves.<\/p>\n<p>Dumoulin, dans son travail, note l\u2019importance de l\u2019observation des gens qui vivent aux Cara\u00efbes\u00a0: \u00ab\u00a0Quoique je n\u2019eusse jamais \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie, je dessinais cependant correctement les figures, l\u2019habitude de voir des hommes nus en Am\u00e9rique et de les dessiner m\u2019avait parfaitement donn\u00e9 la connaissance des muscles et des mouvements.\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn14\" name=\"_ednref14\">[14]<\/a><\/p>\n<p>M\u00eame s\u2019il ne b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une formation acad\u00e9mique que tardivement, apr\u00e8s son retour en Suisse et lorsqu\u2019il s\u00e9journe \u00e0 Paris<a href=\"#_edn15\" name=\"_ednref15\">[15]<\/a>, Dumoulin n\u2019est pourtant pas un marginal d\u00e9connect\u00e9 des r\u00e9alit\u00e9s artistiques de son temps. Au contraire, il connait et partage des codes formels avec ses contemporains. En effet, ses aquarelles sont tr\u00e8s similaires dans les dimensions, le format\u00a0(titre encadr\u00e9 d\u2019un cordage en partie basse et surmont\u00e9 d\u2019une guirlande de feuilles), les titres et les sujets trait\u00e9s (danse traditionnelle <em>Calinda <\/em>et <em>Combats et jeux de\u00a0N\u00e8gres<\/em>), aux images produites par le peintre italien Agostino Brunias (1730-1796)<a href=\"#_edn16\" name=\"_ednref16\">[16]<\/a>. M\u00eame si, \u00e0 ma connaissance, les archives li\u00e9es \u00e0 Dumoulin sont inexistantes, et qu\u2019il est ainsi difficile de savoir si Dumoulin et Brunias ont \u00e9t\u00e9 en relation, il est cependant possible qu\u2019ils se soient rencontr\u00e9s \u00e0 Grenade entre 1773, date de l\u2019arriv\u00e9e de Dumoulin, et 1775, date du d\u00e9part de Brunias. De plus, ils ont \u00e9t\u00e9 tous les deux \u00e0 Londres avant de se rendre aux Cara\u00efbes. Par cons\u00e9quent, m\u00eame s\u2019ils n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 en contact direct, il est fort possible qu\u2019ils aient fait partie du m\u00eame r\u00e9seau, notamment artistique. Dumoulin s\u2019inscrit probablement dans le cercle des peintres, comprenant Brunias, longtemps consid\u00e9r\u00e9s comme appartenant \u00e0 la \u00ab\u00a0plantocratie\u00a0\u00bb, mais dont la production visuelle se r\u00e9v\u00e8lerait \u00eatre d\u2019une tout autre port\u00e9e. En effet, cette derni\u00e8re, forte d\u2019un travail d\u2019observation du quotidien, d\u00e9peindrait les particularit\u00e9s culturelles des afro-cr\u00e9oles plus que la \u00ab\u00a0plantocratie\u00a0\u00bb<a href=\"#_edn17\" name=\"_ednref17\">[17]<\/a>.<\/p>\n<p>L\u2019aspect d\u00e9coratif des guirlandes, en partie basse des aquarelles laisse penser que ces images peuvent fonctionner comme souvenir de voyages dans les Cara\u00efbes. Cependant, comme pour la production visuelle de Brunias, l\u2019importance de la diversit\u00e9 des populations, la forte pr\u00e9sence d\u2019objets du quotidien ainsi que le caract\u00e8re descriptif des titres sont des \u00e9l\u00e9ments majeurs qui permettent aussi de classer ces images dans une tout autre cat\u00e9gorie que celle de la peinture de souvenir. De m\u00eame, Beth Tobin inscrit les images de Brunias dans une cat\u00e9gorie interm\u00e9diaire d\u2019images, d\u00e9peignant les diff\u00e9rents groupes de populations pr\u00e9sents aux Cara\u00efbes selon les codes mis en place par les naturalistes qui produisent des images taxonomiques de sp\u00e9cimens, d\u2019apr\u00e8s la classification linn\u00e9enne<a href=\"#_edn18\" name=\"_ednref18\">[18]<\/a>.<\/p>\n<p>Les titres des deux aquarelles d\u00e9crites pr\u00e9c\u00e9demment,\u00a0<em>Calinda<\/em> et\u00a0<em>Combats et jeux de n\u00e8gres<\/em>, apportent des informations sur les activit\u00e9s traditionnelles et les classifient par groupes de populations. Dumoulin rel\u00e8ve les ressemblances et les diff\u00e9rences des populations les unes par rapport aux autres, notamment physiques et vestimentaires. De plus, comme Brunias, il ne d\u00e9peint pas des individualit\u00e9s mais des types de personnes, souvent en groupe, d\u2019origines diverses\u00a0: europ\u00e9enne, carib\u00e9enne et esclave d\u00e9localis\u00e9 d\u2019Afrique, notamment des c\u00f4tes guin\u00e9ennes, dans le cadre du commerce transatlantique au sein duquel les hommes sont des marchandises au m\u00eame titre que le sucre, l\u2019indigo ou encore le rhum. Sur la planche n\u00b05 de la collection de gravures de Robinson Cruso\u00e9 (<strong>Fig. 3<\/strong>), il pr\u00e9sente cet aspect du commerce triangulaire en incluant des indiennes de traite aux pieds des esclaves. Il est \u00e9galement sensible \u00e0 l\u2019environnement naturel, la faune et la flore. Les palmiers et les bananiers, propres au climat carib\u00e9en ainsi que les poissons, notamment dans la toile intitul\u00e9e <em>Prise d\u2019un requin<\/em><a href=\"#_edn19\" name=\"_ednref19\">[19]<\/a>, font partie du r\u00e9pertoire iconographique de Dumoulin. Par cons\u00e9quent, il s\u2019inscrit dans une d\u00e9marche descriptive, tel un observateur sur le terrain, de l\u2019ordre de l\u2019objectivit\u00e9<a href=\"#_edn20\" name=\"_ednref20\">[20]<\/a>. \u00c0 ce titre, Brunias a \u00e9t\u00e9 d\u00e9fini comme un peintre \u201cethnographe\u201d, par Ernest Hamy dans le dernier quart du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle<a href=\"#_edn21\" name=\"_ednref21\">[21]<\/a>. Dumoulin, qui peint sans emphase et sans esth\u00e9tisation, pourrait \u00e9galement \u00eatre qualifi\u00e9 d\u2019ethnographe.<\/p>\n<div id=\"attachment_3324\" style=\"width: 499px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.journal18.org\/wp-content\/uploads\/fig.6.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3324\" class=\"wp-image-3324\" src=\"http:\/\/www.journal18.org\/wp-content\/uploads\/fig.6.jpg\" alt=\"\" width=\"489\" height=\"600\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-3324\" class=\"wp-caption-text\">Fig. 6. Fran\u00e7ois A. L. Dumoulin, <em>Autoportrait,<\/em> 1832. Huile sur toile, 98 x 78 cm, MHV \u00a9 MHV.<\/p><\/div>\n<p>L\u2019artiste lui-m\u00eame se fabrique une identit\u00e9 mixte, \u00e0 la fronti\u00e8re des activit\u00e9s, et se repr\u00e9sente dans son autoportrait en buste comme un artiste et un voyageur (<strong>Fig. 6<\/strong>). Deux ans avant sa mort, il se met en sc\u00e8ne dans son int\u00e9rieur au milieu d\u2019objets qui le caract\u00e9risent. La pr\u00e9sence de toiles et du n\u00e9cessaire \u00e0 peinture, sont des \u00e9l\u00e9ments iconographiques qui l\u2019inscrivent pour la post\u00e9rit\u00e9 comme un artiste peintre. La sc\u00e8ne de combat naval \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan fait \u00e9cho \u00e0 son exp\u00e9rience aux Cara\u00efbes, mais \u00e9galement \u00e0 sa passion pour l\u2019art militaire.<\/p>\n<p>Si certaines images de l\u2019histoire internationale des Lumi\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 bien \u00e9tudi\u00e9es, d\u2019autres corpus et d\u2019autres g\u00e9ographies restent en revanche peu balis\u00e9s. Le projet <em>Building the Exotic?<\/em> dans lequel s\u2019ins\u00e8re cette recherche, met en \u00e9vidence le r\u00f4le de la Suisse dans une histoire globale. Recontextualis\u00e9e culturellement, historiquement et politiquement dans l\u2019espace atlantique au 18<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, la production de Dumoulin, d\u2019apparence marginale, d\u00e9peint cependant diff\u00e9rents pans de l\u2019histoire internationale, parfois sous un nouveau jour. Premi\u00e8rement, elle montre le principe de fonctionnement du commerce triangulaire, comme le sugg\u00e8rent les planches de la collection des cent-cinquante gravures de Robinson Cruso\u00e9. Deuxi\u00e8mement, elle pr\u00e9sente l\u2019implication de la Suisse dans le colonialisme europ\u00e9en, par l\u2019interm\u00e9diaire de sa jeunesse qui s\u2019engage dans les arm\u00e9es ou les corps diplomatiques \u00e9trangers, ou voyage pour son propre compte, comme c\u2019est le cas de Dumoulin. Cette production porte ainsi en elle l\u2019exp\u00e9rience de vie de Dumoulin, qui est t\u00e9moin de ces \u00e9v\u00e8nements mais aussi parfois acteur, comme lorsqu\u2019il est enr\u00f4l\u00e9 malgr\u00e9 lui dans l\u2019arm\u00e9e anglaise. Enfin, l\u2019\u00e9tude de ces images rappelle l\u2019existence d\u2019un type d\u2019images, r\u00e9alis\u00e9s par des peintres de terrain, dot\u00e9s d\u2019un sens de l\u2019observation similaire \u00e0 celui des naturalistes, comme c\u2019est le cas de Dumoulin. Appartenant ni pleinement aux Beaux-Arts, ni enti\u00e8rement \u00e0 l\u2019ethnographie naissante, cette cat\u00e9gorie d\u2019images est une source exceptionnelle et sous-exploit\u00e9e par les historiens de l\u2019art, notamment en raison des hi\u00e9rarchies qui restent en vigueur dans cette discipline.<\/p>\n<p><strong><em>Claire Brizon est candidate au doctorat \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Berne (<a href=\"http:\/\/www.theexotic.ch\">www.theexotic.ch<\/a>)<\/em><\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\"><\/a>Remerciements\u00a0: Je remercie prof. No\u00e9mie Etienne pour sa relecture et ses nombreux conseils ainsi que Fran\u00e7oise Lambert, directrice MHV, pour la mise \u00e0 disposition du mat\u00e9riel n\u00e9cessaire \u00e0 cette \u00e9tude.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref1\" name=\"_edn1\">[1]<\/a> Dans cette perspective, voir Daniela Bleichmar, \u201cThe Imperial Visual Archive: Images, Evidence, and Knowledge in the Early Modern Hispanic World,\u201d\u00a0<em>Colonial Latin American Review<\/em> 24:2 (2015), 236\u2011266.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref2\" name=\"_edn2\">[2]<\/a> Fran\u00e7oise Bonnet Borel, \u201cFran\u00e7ois Aim\u00e9 Louis Dumoulin, peintre veveysan (1753-1834),\u201d\u00a0<em>Annales veveysannes, Vibiscum<\/em> 2 (1992), 59\u201197. L\u2019auteur cite les quatre documents manuscrits \u00e0 ce jour connus comme \u00e9tant de la main de Dumoulin : l\u2019Avertissement, introduction \u00e0 caract\u00e8re biographique accompagnant les 150 gravures de Robinson Cruso\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es par Dumoulin\u00a0; une lettre adress\u00e9e \u00e0 Philippe-Albert Stapfer\u00a0; une lettre adress\u00e9e \u00ab Aux citoyens composant le Directoire ex\u00e9cutif \u00bb (conserv\u00e9 au Mus\u00e9e historique de Vevey, sous la cote: MHV 1247.01) ainsi que quelques lignes que Dumoulin r\u00e9dige dans le carnet de d\u00e9part de Louise Jossaud (Carnet de Louise Jossaud, conserv\u00e9 au Mus\u00e9e historique de Vevey, sous la cote: MHV 774).<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref3\" name=\"_edn3\">[3]<\/a> <em>Vue de la ville de Vevay, prise au-dessus du village de [\u2026]<\/em>, 1783, aquarelle, collection inconnue.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref4\" name=\"_edn4\">[4]<\/a> Avertissement, conserv\u00e9 au Mus\u00e9e historique de Vevey (MHV 1247.01).<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref5\" name=\"_edn5\">[5]<\/a> Jan Kleyntjens, \u00ab\u00a0Les Suisses dans l\u2019arm\u00e9e n\u00e9erlandaise du XVIe au XXe si\u00e8cle,\u00a0\u00bb\u00a0<em>Revue Militaire Suisse<\/em> 97:3 (1952), 189\u2011207.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref6\" name=\"_edn6\">[6]<\/a> Lettre \u00e0 Stapfer, conserv\u00e9e \u00e0 Berne aux Archives F\u00e9d\u00e9rales (AF 1474 \/ ff. 420-427).<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref7\" name=\"_edn7\">[7]<\/a> Avertissement, document cit\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref8\" name=\"_edn8\">[8]<\/a> Avertissement, document cit\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref9\" name=\"_edn9\">[9]<\/a> Avertissement, document cit\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref10\" name=\"_edn10\">[10]<\/a> Avertissement, document cit\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref11\" name=\"_edn11\">[11]<\/a> Fran\u00e7ois A. L. Dumoulin,\u00a0<em>Collection de cent-cinquante gravures repr\u00e9sentant et formant une suite non interrompue des voyages et aventures de Robinson Cruso\u00e9<\/em> (Lausanne: Biblioth\u00e8que cantonale et universitaire, 2009).<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref12\" name=\"_edn12\">[12]<\/a> <em>Encyclop\u00e9die, ou dictionnaire raisonn\u00e9 des sciences, des arts et des m\u00e9tiers<\/em> (Paris : Pellet, 1777), 863.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref13\" name=\"_edn13\">[13]<\/a> J\u2019empreinte les expressions \u00ab\u00a0mul\u00e2tresse\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0m\u00e9tisse\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019historien Samir Boumediene qui utilise ces derni\u00e8res pour d\u00e9crire les diff\u00e9rentes populations pr\u00e9sentes aux Antilles et plus largement dans toutes les Indes occidentales \u00e0 l\u2019\u00e9poque moderne. Samir Boumediene, <em>La colonisation du savoir\u00a0: une histoire des plantes m\u00e9dicinales du <\/em>\u201c<em>Nouveau Monde<\/em>\u201d\u00a0<em>(1492-1750)<\/em> (Vaulx-en-Velin: Les \u00e9ditions des mondes \u00e0 faire, 2016), 25.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref14\" name=\"_edn14\">[14]<\/a> Lettre \u00e0 Stapfer, document cit\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref15\" name=\"_edn15\">[15]<\/a> Lettre \u00e0 Stapfer, document cit\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref16\" name=\"_edn16\">[16]<\/a> Mia L. Bagneris, <em>Colouring the Caribbean: Race and the Art of Agostino Brunias. Rethinking Art\u2019s Histories<\/em> (Manchester: Manchester University Press, 2017); Anne Lafont, \u201cFabric, Skin, Color: Picturing Antilles\u2019 Markets as an Inventory of Human Diversity,\u201d\u00a0<em>Anuario Colombiano de Historia Social y de la Cultura, Raza: perspectivas transatl\u00e1nticas<\/em> 43:2 (2016), 121\u2011154; Patricia Mohammed, \u201cThe Emergence of a Caribean Iconography in the Evolution of Identity,\u201d\u00a0in Brian Meeks et Folke Lindahl, eds., <em>New Caribbean Thought: A Reader <\/em>(Kingston: University of the West Indies Press, 2001), 232\u201164; Beth F. Tobin, <em>Picturing Imperial Power: Colonial Subjects in Eighteenth-Century British Painting<\/em> (Durham: Duke University Press, 1999).<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref17\" name=\"_edn17\">[17]<\/a> Bagneris, <em>Colouring the Caribbean<\/em>, 11, 109.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref18\" name=\"_edn18\">[18]<\/a> Tobin, <em>Picturing Imperial Power<\/em>, 139, 146.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref19\" name=\"_edn19\">[19]<\/a> Huile sur toile, inv.1355, MHV.<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref20\" name=\"_edn20\">[20]<\/a> Lorraine Daston, <em>Objectivit\u00e9<\/em> (Dijon: les Presses du r\u00e9el, 2012).<\/p>\n<p><a href=\"#_ednref21\" name=\"_edn21\">[21]<\/a> Ernest Hamy, \u201cAlexandre Brunias, peintre ethnographe de la fin du XVIIIe siecle,\u201d <em>L\u2019Anthropologie<\/em> 1 (1890), 49\u201156\u00a0; et \u201cLes imitateurs d\u2019Alexander Brunias: John Milton, Pierre Fr\u00e9ret, M.-L.-A. Boizot (1788-1794),\u201d\u00a0<em>L\u2019Anthropologie<\/em> 5 (1894), 542\u2011553.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"sdendnote49\">\n<p><strong>Cite this note as:<\/strong> Claire Brizon, \u201cFran\u00e7ois Aim\u00e9 Louis Dumoulin, ou les images d\u2019un Suisse aux Cara\u00efbes,\u201d\u00a0<em>Journal18\u00a0<\/em>(December 2018),\u00a0<a href=\"http:\/\/www.journal18.org\/3305\">http:\/\/www.journal18.org\/3305<\/a>.<\/p>\n<p><strong>Licence:<\/strong>\u00a0CC BY-NC<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><em>Journal18<\/em>\u00a0 is published under a\u00a0<a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc\/4.0\/\">Creative Commons CC BY-NC International 4.0 license<\/a>. Use of any content published in\u00a0<em>Journal18<\/em>\u00a0 must be for non-commercial purposes and appropriate credit must be given to the author of the content. 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